« Il est urgent d'acculturer pour ne pas rater ce train »
Mustapha Benkalfate se présente d'abord par son terrain : l'acculturation des professionnels qui ne sont pas techniciens. À l'époque de l'interview, plus de 50 000 personnes avaient appris à utiliser l'IA avec ses méthodes via LinkedIn Learning et Microsoft.
« Mon expertise et mon domaine principal sont liés à l'acculturation IA, à sa maîtrise par les professionnels non techniques. »
L'avancée dont on parle trop peu : ce que l'IA fait à notre façon de penser
Interrogé sur les innovations qui l'ont marqué, il écarte le bruit des annonces pour pointer un sujet alors peu traité : les études qui mesurent l'effet de l'interaction avec l'IA sur la cognition.
« L'un des aspects clés dont on parle peu, ce sont des études récentes qui révèlent comment l'interaction cognitive entre l'Homme et l'IA transforme profondément nos modes de réflexion. »
Ce thème est devenu central dans son travail. Il l'a depuis développé dans sa lecture des études sur la dette cognitive et dans les huit pièges cognitifs de l'IA générative.
Emploi en France : le scepticisme empêche la bonne adoption
Sur l'impact de l'IA sur l'emploi en France, sa réponse est une critique du débat public plus qu'un pronostic. Selon lui, le goût national pour la discussion abstraite retarde l'apprentissage concret, sans empêcher les usages de se répandre.
« Le scepticisme n'empêche pas l'adoption, il empêche la bonne adoption. »
« J'estime qu'il faut former à fond les gens, les informer toujours des risques, mais qu'ensuite, il faut compter sur leur intelligence plutôt que de les effrayer. »
Il y décrit déjà le problème qu'il combat aujourd'hui dans les entreprises : l'usage d'outils d'IA hors des règles fixées par l'employeur, avec des données sensibles. « C'est déjà une réalité documentée en France », dit-il, et « un défi de faire cesser ces pratiques déjà massives ». C'est le shadow AI.
Éthique : l'illusion de maîtrise
Le risque éthique qu'il met en avant n'est pas spectaculaire. C'est l'impression de compétence que donne l'outil après quelques échanges.
« L'IA générative donne l'impression qu'on la maîtrise après quelques échanges. C'est faux et c'est dangereux. »
En juillet 2026, devant les enseignants de l'Université de Nottingham, il a donné un nom à ce phénomène chez les dirigeants : le « profil Dunning », bloqué au stade de l'incompétence inconsciente parce que ChatGPT répond à tout.
Dix-huit mois plus tard, une ligne confirmée
Depuis l'interview, deux faits ont donné du poids à ses positions. Le rapport du MIT NANDA a établi en 2025 que 95 % des organisations ne tiraient aucun rendement mesurable de leurs projets d'IA générative, faute d'intégration dans le travail réel (notre analyse). Et l'obligation d'AI literacy de l'AI Act européen s'applique depuis le 2 février 2025 aux entreprises qui déploient des systèmes d'IA. Mustapha Benkalfate a cofondé Revenu IA, qu'il dirige, pour répondre à ces deux constats.
